« 3 janvier 1842 » [source : BnF, Mss, NAF 16348, f. 9-10], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11104, page consultée le 24 janvier 2026.
3 janvier [1842], lundi matin, 11 h. ½
Bonjour le plus méchant des Toto, bonjour le plus SURPRENANT des hommes, bonjour
vilain monstre. Baisez-moi. Je ne sais pas pourquoi vous vous permettez de ne plus
m’aimer et de ne plus venir déjeuner avec moi
comme c’est votre devoir, mais je sais que si vous continuez à me faire surprise sur surprise, je m’enverrai
à tous les diables voir si j’y suis et que vous serez bien malin si vous me
rattrapeza. Taisez-vous, je
vous ficherai des coups si je vous tenais.
Je ne sais pas encore jusqu’où va le
désastre de cette nuit, je viens de changer de chemise seulement et je verrai tout
à
l’heure quand je serai levée ce qu’il y aura à faire pour réparer toutes ces avaries.
En attendant, Jacquot est charmant. Il
parle, il crie, il appelle, que c’est une jubilation parmi MES GENS DE L’OFFICE !
Il
est plus gentil que vous celui-là, et il n’a pas de [peine ?]. La mère
Lanvin viendra peut-être aujourd’hui mais
j’ai économisé le poulet qui devait servir hier pour aujourd’hui, ainsi cela ne fera
plus de dépenses. Cette année, je n’ai eu absolument que la mère Pierceau à dîner au jour de l’an et le lendemain,
Joséphine même m’a fait faux bondb, je ne sais pas pourquoi, mais cela ne
m’inquiète pas, attendu que je ne lui ai rien fait pour l’éloigner.
Dites donc,
a-t-il crié quand il m’a mordu ?1 Ah ça, vous
savez que je ne vous écris pas sur du grand papier comme ça pour mon plaisir ni pour des prunes ? Mais parce que je vous dois et que je ne veux rien avoir à vous. Voilà le seul motif qui me porte à vous gribouiller ce susdit immense
morceau de papier. QUELLE SURPRISE ! Je marche sur vos traces comme vous voyez. Et
où
pourrais-je d’ailleurs trouver un plus AIMABLE, un plus CHARMANT, un plus EXACT maître
que vous ???????? Nulle part à coup sûr, aussi, je me borne, fontaine, à ne pas boire
de ton eau à moins que tu n’y mettes du vin et que tu ne viennes DÉJEUNER avec moi
sans COQ À L’ÂNE, mais avec un aimable poulet que je ferai rôtir tout exprès pour
cette solennité. Comment va Dédé ? Comment
vont les SURPRISES par là ? Pas aussi fort qu’ici je
l’espère. Dans tous les cas, ce ne serait pas SURPRENANT, vous y participant.
Baisez-moi, méchant homme. Pourquoi que vous n’êtes pas venu ce matin ? C’était bien
la peine de compter et d’écrire mon linge d’avance si vous ne deviez pas venir me
récompenser en venant cette nuit me RÉCHAUFFER. Décidément, vous n’êtes pas un fameux
toto pour l’année 1842. Je ne sais pas si D’AUTRES (AU FÉMININ) ont meilleurs
pronostics de vous que moi, mais ce que je sais c’est que je n’en donnerais pas un
liard percé de vos CAPACITÉS physiquesc et morales. Cela ne m’empêche pas de vous aimer mais cela
m’épêche.
Juliette
1 À élucider.
a « rattrappez ».
b « bon ».
c « phisiques ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
son père adoptif, l’oncle René-Henry Drouet, meurt hospitalisé aux Invalides.>.
- 12 et 28 janvierLe Rhin.
- Août-octobreVillégiature à Saint-Prix.
- 23 novembreMort de René-Henry Drouet, l’oncle de Juliette, hospitalisé aux Invalides.
